Jamais les pros n’ont autant changé de fournisseur d’électricité : un taux de 14,8 % au 1er trimestre 2026, contre 7,6 % un an plus tôt.

Pourquoi ? Les pros donnent deux raisons. Je les ai confrontées aux chiffres officiels.

  1. « Mon contrat arrive à échéance. »

    Vrai. De 2018 à 2025, janvier concentre chaque année 56 à 74 % des changements de l’année. Mais janvier revient tous les ans. Les records, non.

    Part de janvier dans les changements de fournisseur de l'année, électricité, sites professionnels : 59 % en 2018, 60 % en 2019, 56 % en 2020, 71 % en 2021, 74 % en 2022, 69 % en 2023, 74 % en 2024 et 71 % en 2025, contre 8 % pour un mois moyen. Source : CRE.
    Source : CRE [1]
  2. « On m’a proposé moins cher. »

    Vrai, et dans les deux sens. Pour février 2023, la CRE calcule que le tarif réglementé des petits pros devrait presque doubler. Le bouclier limite la hausse à 15 % en moyenne. Cette année-là, 43 % des sites pros qui changent de fournisseur vont vers un fournisseur historique. En 2025 : 11 %. J’y reviens dans le prochain article.

    Part des changements de fournisseur qui vont vers un fournisseur historique, électricité, sites professionnels, année entière : 43 % en 2023, 11 % en 2025. Sources : CRE, ministère de la Transition écologique.
    Sources : CRE [1] [3], ministère de la Transition écologique [4]

Reste une raison que les pros citent rarement : le calendrier réglementaire.

Au 1er trimestre, les trois plus forts bonds du taux depuis 2014 tombent sur trois échéances :

Aucune autre hausse d’un 1er trimestre sur l’autre ne dépasse 2,5 points.

Variation sur un an du taux de changement de fournisseur au 1er trimestre, en points, 2015-2026 : +7,1 en 2016 (fin des tarifs jaunes et verts), +4,8 en 2021 (tarif réglementé réservé aux microentreprises) et +7,2 en 2026 (fin de l'ARENH) ; aucune autre hausse au-dessus de 2,5 points. Source : CRE.
Sources : CRE [1] [5]

Première vérification : les dates cachées. Je donne au calcul la seule courbe des 1ers trimestres 2014-2026, sans aucune date, et je lui demande quelles 3 années s’écartent le plus de la tendance. Sur les 286 façons de choisir 3 années parmi 13, la meilleure est 2016, 2021, 2026 : elle reproduit 96 % des variations de la courbe, contre 83 % pour la deuxième et 65 % pour la tendance seule.

Test à l'aveugle sur les 286 trios d'années possibles, 1ers trimestres 2014-2026 : le calcul retrouve 2016, 2021 et 2026, qui reproduisent 96 % des variations de la courbe, contre 83 % pour le deuxième trio et 65 % pour la tendance seule. Données : CRE.
Données : CRE [1]

Deuxième vérification : le prix de gros. De 2016 à 2026, la corrélation entre le prix de gros de l’électricité (moyenne de juillet à décembre de l’année précédente, quand les pros signent) et le taux du 1er trimestre vaut 0,02. Le prix record, 321 €/MWh au second semestre 2022, est suivi d’un taux de 6,8 % au 1er trimestre 2023, en baisse.

Prix de gros de l'électricité (moyenne de juillet à décembre de l'année précédente, en €/MWh) et taux de changement de fournisseur au 1er trimestre, 2016-2026 : corrélation de 0,02 ; 321 €/MWh au second semestre 2022, puis un taux de 6,8 % au 1er trimestre 2023. Sources : Ember, CRE.
Sources : Ember [2], CRE [1]

Les grandes vagues coïncident avec les échéances réglementaires. Les prochaines :

Les prochaines échéances : nov. 2026, nouveau mécanisme de capacité, coût « en forte hausse » (CRE) ; janv. 2027, prix fixe d'un an obligatoire chez les gros fournisseurs (projet de loi) ; 2027, heures creuses déplacées pour les petits sites pros ; avant 2030, l'État réévalue le tarif réglementé, suppression comprise.
Sources : CRE [6], Sénat [7], Enedis [8], Légifrance [9]

Dans votre entreprise, qui surveille ces échéances ?

Après 9 ans dans l’énergie, je regarde avec les données publiques un marché que j’ai pratiqué de l’intérieur. Première analyse. Sources et méthode ci-dessous.